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Des Hauts & Débats - Paris - 11-03-2010 - 03:05

Un étudiant de SciencesPo répond aux commentaires de l'article du Figaro "Le concours d'entrée à Sciences Po menacé".

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Un étudiant de SciencesPo répond aux commentaires de l'article du Figaro Le concours d'entrée à Sciences Po menacé.

Je suis très surpris du niveau (j'ose le mot) de haine à l'égard de SciencesPo qui transparait au travers de ces quelques commentaires.

Je suis aussi saisi par les nombreuses erreurs et approximations ; idées reçues et préjugés.

Je suis étudiant à SciencesPo, et je me propose donc, à partir de la modeste vision intérieure de SciencesPo que je prétends justement avoir, de commenter ces commentaires et, évidemment, de commenter l’article du Figaro.

D’abord, beaucoup d’entre vous semblent penser que SciencesPo ne serait que vent, paroles, débats interminables au Café de Flore (que j’aimerais être assez riche pour pouvoir y débattre !) et ne formerait pas grand-chose de concret. Je veux dire ici que SciencesPo a conclu des doubles-diplômes avec de nombreuses excellentes universités à travers le monde, parmi lesquelles HEC, Polytechnique, la Freie Universität de Berlin, l’University of Columbia (à NYC), la London School of Economics (LSE), Georgetown, la Bocconi à Milan, et je pourrais ajouter que, chaque année, de nombreux étudiants de Harvard, Princeton (et j’en passe) passent un an à SciencesPo dans le cadre de leur année à l’étranger. Ainsi, à moins de postuler que ces universités aiment le vent, ou que ces universités soient elles-mêmes du vent, SciencesPo n’est pas du vent.

Ensuite, d’aucuns semblent convaincu que SciencesPo, « ce n’est plus ce que c’était » et que la suppression éventuelle du concours « dévaloriserait » l’institution. Mais, qu’est-ce qu’était SciencesPo (il y a 20 ans par exemple) ? Un établissement qui reposait sur un concours, et donc qui ne prenait que les meilleurs élèves des lycées parisiens (car chacun sait qu’un élève de Sarcelles ou de Triffouilly-Les-Canards ou de Je-Ne-Sais-Où-Encore, n’ayant pas eu la même éducation scolaire et parentale qu’un fils d’ingénieur parisien (je prends volontairement des cas extrêmes), ne pouvait pas rivaliser avec un élève parisien). Ainsi, le Sciences Po « d’avant » prenait-il les progénitures des élites parisiennes, ce qui aboutissait à une reproduction organisée de l’élite sociale, et était tout à fait contraire à l’esprit républicain d’égalité des chances. Grâce à M. Descoings et à sa réforme du mode d’entrée à SciencesPo, des élèves de « province », qui sans cela n’auraient jamais pu rentrer à SciencesPo à cause des trop grandes inégalités entre lycées parisiens et lycées de province, peuvent, moyennant l’obtention d’une mention très bien (et je défie quiconque d’arguer que c’est facile) accéder à cette école. Et par ailleurs, grâce à la procédure CEP, des élèves de ZEP, défavorisés par l’inégalité flagrante entre lycées parisiens et lycées de banlieues, mais méritant (et je prétends, à moyenne équivalente, qu’on l’est plus quand on est fils d’ouvrier que d’ingénieur ou de médecin), peuvent accéder à SciencesPo.

Je m’aperçois d’ailleurs que, bien souvent, les commentaires haineux à l’égard de SciencesPo reposent sur l’idée que SciencesPo forme les élites de la France et que ces élites ne sont pas bonnes, et j’entends souvent citer Jacques Chirac. Je ne veux pas rentrer dans ce débat, mais,  si je poursuis la logique de ces commentateurs, ils devraient être heureux que SciencesPo supprime le concours d’entrée et s’ouvre ainsi à la France et à ses différentes couches sociales. Je veux ainsi dire : n’y a-t-il pas un paradoxe à vouer SciencesPo aux gémonies tout en critiquant ses efforts de modernisation ?

Enfin, je veux répondre à une question qu’un article de La Tribune posait : « Sciences Po est-elle un modèle pour l'école française ? ». Je ne sais pas si SciencesPo peut être un modèle pour les lycées, mais je suis convaincu que que SciencesPo peut être un modèle pour les universités et grandes écoles françaises.

Dans l’économie mondiale de la connaissance qu’est la notre, il faut que le système d’éducation supérieure français s’adapte aux systèmes d’éducation supérieure des autres États. Or, quel sont-ils ? Les systèmes chinois, américain, anglais, japonais, néerlandais, suisse (etc.) sont basés sur des universités puissantes, indépendantes, avec au moins 7000 étudiants,  qui recrutent leurs étudiants à Bac + 0 et avec certains critères de diversité (d’ailleurs Barack Obama, qui est tant aimé en France, n’aurait jamais était admis à Harvard sans ces procédures parallèles pour les étudiants qui ne sont pas blancs et fils d’ingénieur).

Or, SciencesPo est le seul (ou l’un des seuls) établissement d’enseignement supérieur  français) qui a se modèle. Et je crois qu’il faut le propager. C'est-à-dire : mettre fin au système Universités/Grandes Écoles, (parce que les Universités sont trop désargentées, manquent de gouvernance et de bons élèves et parce que les Grandes Écoles sont trop petites, élitistes et anti égalité des chances),  et suivre les critères que j’ai énoncés au paragraphe précédant.

Voilà,

Amitiés à tous.

 

Eclaircissements après qu'un camarade de SciencesPo ait répondu à ma "réponse aux commentaires de l'article du Figaro" :

Cher collègue,

Tout d'abord, cela fait plaisir de discuter et de pouvoir débattre de ce sujet avec un ancien élève de SciencesPo.

Je réponds à votre message.

* L'admission mention TB : pardonnez cette imprécision, mais j'ai l'impression que la part des élèves admis par cette procédure a beaucoup augmenté depuis que Richard Descoings est Directeur de SciencesPo (1996). En 2006 par exemple, il y avait plus d'admis par cette procédure que par le concours (je ne sais pas si c'était déjà le cas à votre époque, mais je ne le pense pas, et dans ce cas, cela voudrait bien dire que cette procédure a augmenté sous l'ère Descoings). Et puis vous n'ignorez pas que la procédure d'entrée par concours à BAC + 1 a été supprimée ou est en voie de suppression, et que la procédure d'admission par concours à BAC + 0 est aujourd'hui au centre d'une réflexion (d'aucuns disent (mais ce sont des suppositions) qu'elle serait supprimée en 2012 ou 13). Enfin bref, tout cela pour dire que le mouvement général, d'après ce que je crois comprendre, va vers moins de concours et plus d'entrées sur dossier. C'est un fait.

Nous pouvons maintenant aborder la question de la valeur de cette procédure. Vous arguez qu'elle diminuerait la valeur du diplôme de SciencesPo puisqu'elle serait moins sélective que le Concours, et vous prenez comme exemple l'augmentation du taux d'obtention de la mention TB d'année en année. Je veux simplement rappeler que:

- nombre de personnes qui passent le concours d'entrée n'ont pas obtenu la mention TB, et selon votre pensée, seraient donc bien bêtes de n'avoir pas obtenu une mention si facile à obtenir ;

- la mention TB ne vaut pas acceptation automatique de l'étudiant. Le dossier du candidat est en effet consulté (notes de 1ère & Tale). C'est-à-dire que SciencesPo sélectionne ses étudiants peu ou prou de la même façon que les classes préparatoires qui se basent sur les notes de 1ère & Tale. Et personne ne dit que le niveau de H-IV ou LLG a diminué, que je sache!

A ScPo, il y a eu un taux de sélection d'environ 30% en 2006. C'est-à-dire, 30% de sélection sur 4,6% théorique de mention TB obtenues. Ça ne fait pas beaucoup, tout de même.

* La procédure CEP.

Vous parlez de "confiscation", et je trouve ce mot assez représentatif de ce que je combats. SciencesPo n'a pas vocation à reproduire les élites de la France. ScPo a vocation à prendre les meilleurs élèves de la Nation, et à en faire les élites de demain. Or, sauf à postuler que la géographie ou l'origine ait un impact sur l'intelligence, on est obligé d'admettre qu'il y a autant de "très intelligents" à Sarcelles et à Paris (en rapport évidemment avec leur population respective). Mais, les conditions d'enseignement étant très différentes entre Paris et Sarcelles, il serait défavorable aux étudiants de la deuxième ville d'organiser un concours national. Il faut donc deux modes de sélection adaptés respectivement à chacune des villes.

* Le modèle d'éducation chinois. Je m'excuse si j'ai paru être imprécis. Je n'ai de toutes façons jamais prétendu avoir une parfaite connaissance du modèle d'éducation supérieure chinois, et je crois que vous m'avez mal compris. Je précise donc ma pensée : je crois que le mouvement général mondial va vers des universités qui sont:

- grandes ;

- indépendantes ;

- élitistes mais essayant de rechercher la diversité ;

- qui associent la recherche et l'éducation.

Or, je constate que, a rebours de ce mouvement mondial, le système français est :

- fragmenté : universités v. grandes écoles ;

-  avec des universités grandes, sans moyens, pas élitistes du tout, sans beaucoup de recherche (le CNRS concentre la majeure partie de la recherche en France), non indépendantes,

- avec des grandes écoles indépendantes, avec des moyens, mais petites, sans aucune recherche, et très élitistes.

Et je vois que la France est très absente du classement de Shanghai, je constate que les étudiants allemands, italiens, chinois, américains, regardent vers Londres, New York, Hong Kong, mais jamais vers Paris en matière d'éducation.

Et je pense donc que la France devrait s'acheminer vers le système qu'ont adopté tous les autres pays du monde (ou presque), si l'on veut que nos Écoles et Universités occupent le haut du palmarès et que notre système attire donc les meilleurs du monde.

Et je crois que SciencesPo est un exemple d'une bonne synthèse entre une grande école et une université : c'est grand, indépendant, élitiste mais ouvert sur la diversité ; il y a de la recherche, et c'est de plus en plus reconnu internationalement.

Donc que nous nous comprenions bien : je ne veux pas d'un sanglant massacre des grandes écoles, et d'un égalitarisme communiste. Je veux que les grandes écoles et universités françaises s'unissent petit à petit, et que soient formées de grandes universités puissantes et respectées en France et dans le Monde.

Voilà, cher camarade ! :)